SOUS LA PRÉSIDENCE D'HONNEUR DE SON ALTESSE ROYALE
LA PRINCESSE LALLA HASNAA
Dire notre planète, ses hommes, ses terres et ses mers.
Adoptée en 2009 la nouvelle formule du Salon international de Tanger a permis le dialogue entre les livres et les arts, où nous reconnaissons l’expression de questions et préoccupations humaines fondamentales. L’orientation thématique choisie pour l’édition 2010 tend à illustrer plus précisément encore cette réalité : « dire notre planète, ses hommes, ses terres et ses mers ».
Dans le contexte du Maroc d’aujourd’hui, où des efforts considérables sont mis en œuvre dans une perspective environnementale, il s’agit d’ouvrir un large débat sur un questionnement si actuel qu’il mobilise toutes les énergies intellectuelles et scientifiques, mêle impératifs économiques et choix politiques, soulève toutes sortes de controverses où la préoccupation du futur est indissociable des périls présents.
« Nous vivons une époque où l’avenir semble déjà dilapidé ».
Ernest Sabato, écrivain et physicien argentin, résume d’une formule lapidaire les craintes qui se répandent insidieusement. Vivons-nous déjà sur une planète qui s’épuise au point d’en obérer la survivance ?
Il est vrai que nous ne cessons de puiser aux ressources qu’une lente évolution de la nature a fournies. Et désormais nous brûlons ou enfouissons les résidus de la consommation enfiévrée de ses bienfaits.
Pourtant, nous avions hérité de sources d’émerveillement dont nous avons peu à peu discerné toute l’ampleur. Les progrès de la science révélaient aux hommes le caractère illimité de l’univers, infiniment grand, infiniment petit, ainsi que l’extraordinaire évolution biologique qui rendit la vie possible. Les avancées techniques complétaient ces découvertes en mettant à notre disposition des moyens insoupçonnés qui ont favorisé notre subsistance, nos déplacements, notre divertissement. Sans rien ôter des grands mystères qui demeurent pour nourrir notre imagination ou satisfaire le besoin d’un au-delà sacré.
Le tableau n’était certes pas idyllique : sur la toile, nous avons peint d’effroyables massacres et d’immenses destructions. Mais des voix se faisaient entendre, des hommes se levaient pour traquer l’injustice, des écrivains, des artistes rappelaient dans leurs œuvres l’incomparable beauté que nous nous employions à mutiler.
Qu’allons-nous léguer ? A cette question centrale, nous sommes enjoints de répondre.
S’il est urgent de dénombrer les abus réels qui semblent s’accumuler, s’il n’est pas vain de reconnaître les responsabilités engagées, il sera plus nécessaire encore de créer les conditions d’un accord partagé sur les solutions à adopter.
Accord global ?
« Chaque être humain peut en toute liberté prendre la mesure de sa responsabilité à l’égard de la vie » écrit Pierre Rabhi.
Si nous sommes reliés à la globalité des hommes et de la nature,- tout est un-, chacun de nous, dans son unicité consciente, est comptable du tout à l’égard des hommes à venir. Nous ne pouvons les priver des droits et bienfaits qui nous furent accordés, ni ceux que nous avons su gagner. De la terre patrie, selon la formule d’Edgar Morin, chaque enfant à naître aura sa part si chaque homme d’aujourd’hui mesure exactement la sienne.
Dès lors, pour nous préparer aux décisions nécessaires, aux gestes salvateurs, donnons-nous le temps de l’échange, de la réflexion, de la connaissance, afin d’éclairer nos décisions par l’activation de notre conscience. Acceptons de confronter nos fragiles certitudes aux certitudes adverses, afin d’entrevoir ce juste milieu où réside l’équilibre des contraires : là est le terreau, là est la source, là brille une lueur d’avenir.
Marie-Christine Vandoorne
Directrice
Institut français de Tanger Tétouan
Commissaire du Salon

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